Dix-neuvième après trois journées, Aston Villa est désormais à la porte du podium de Premier League. Unai Emery a orchestré une remontée spectaculaire, transformant un effectif sous-performant en une machine à gagner grâce à la résilience, une défense retrouvée, et un management musclé.
L’histoire récente d’Aston Villa est celle d’une métamorphose fulgurante. Après avoir flirté avec le désastre en début de saison (1 point en 3 matches, aucun but marqué, 19e au classement), les Villans se rendent à Brighton ce mercredi pour la 14e journée de Premier League en tant que quatrième au classement, à égalité de points avec Chelsea.
L’architecte de cette remontada spectaculaire n’est autre qu’Unai Emery. Si son nom reste associé à une débâcle célèbre en Ligue des Champions en 2017, l’Espagnol prouve à Birmingham qu’il est l’homme des solutions, même sans les renforts désirés.
I. L’Art de Faire du Neuf avec du Vieux : La Crise du Mercato
L’été avait été frustrant pour Emery. Face à un manque de moyens et des relations tendues avec le directeur sportif Monchi (finalement remercié fin septembre), Emery n’a pas obtenu les joueurs qu’il désirait pour rajeunir l’effectif.
Le résultat est frappant : le onze de départ des derniers matchs de Championnat ne contient plus aucune recrue estivale. Seul Jadon Sancho, prêté par Manchester United, gratte un peu de temps de jeu, tandis que les autres renforts comme Evann Guessand et Harvey Elliott sont peu utilisés.
Contraint à l’austérité, Emery a dû « faire du neuf avec du vieux », s’appuyant sur l’expérience et la fiabilité des joueurs existants. Ce choix, fait par défaut, est devenu la pierre angulaire du succès.
II. La Reconquête de la Défense : Le Retour de la Fiabilité
Le point de bascule fut le nul concédé à Sunderland (1-1, le 21 septembre). L’Espagnol, agacé, a qualifié ses joueurs de « paresseux ». Un procédé managérial qui, contrairement à son expérience au PSG, a eu un impact immédiat sur un groupe réceptif à la pression.
Les Quatre Fantastiques de la Défense
Emery a décidé de rebâtir son équipe à partir des bases défensives, alignant systématiquement les mêmes quatre défenseurs lors des grandes affiches (en l’absence du blessé Tyrone Mings) : Matty Cash, Ezri Konsa, Pau Torres et Lucas Digne.
- Le Gardien Retrouvé : Surtout, Emery a retrouvé un Emiliano Martinez solide. Ses performances initiales avaient été affectées par des velléités de départ estivales. Malgré deux titularisations de Marco Bizot (non concluantes), le retour en forme du champion du monde a été crucial.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis la trêve internationale de septembre, Aston Villa n’a encaissé que 7 buts en 10 matches de Premier League. Après 14 journées, l’équipe a encaissé deux fois moins de buts en Championnat que la saison passée à la même époque (11 contre 22).
III. Une Résilience Payante Malgré un xG Faible
Emery a fait de la résilience le mot d’ordre de cette remontée. « La résilience est quelque chose qu’il faut ressentir dans l’adversité, il faut puiser dans ses ressources », affirme-t-il, évoquant la capacité de l’équipe à rebondir après les mauvais résultats initiaux.
- Le Bilan : Une seule défaite sur les 10 dernières journées (0-2 contre Liverpool) et 7 victoires sur les 8 derniers matchs. Emery est désormais le seul coach dans l’histoire du club à afficher un pourcentage de victoires supérieur à 50 %.
Le Paradoxe Offensif
Malgré ce succès, l’analyse des statistiques avancées révèle une zone d’ombre. Selon Jacob Tanswell de The Athletic, l’équipe a été « assez chanceuse » sur les derniers matchs et affiche l’un des plus faibles taux d’Expected Goals (xG) du Championnat.
Pour compenser ce faible nombre d’occasions créées, les Villans ont développé une arme redoutable : le tir de loin. Le but de Boubacar Kamara contre Wolverhampton (1-0), marqué depuis l’extérieur de la surface, était le neuvième de cette nature pour Villa cette saison. Le milieu français, qui enchaîne les bonnes prestations, incarne parfaitement cette réussite collective inattendue.
Désormais au pied du podium, Emery et ses hommes sont en pleine euphorie. Reste à savoir si cette résilience et cette capacité à gagner sans dominer les statistiques pourront durer jusqu’à la fin de la saison pour s’assurer une place européenne.



